La tragédie de René Kurtz

mars 20, 2008

La face nord de l’Eiger à toujours fasciné les alpinistes. Cette escalade doit faire appel à la raison la plus totale, bien qu’elle soit en fait des plus déraisonnables aux yeux du commun des mortels. Mais la déraison a aussi ses raisons et, en fait, ce qui est jugé tel [déraisonnable] relève souvent, mais pas toujours, d’un manque de talents ou de capacités pour l’accomplir, par ceux qui portent un tel jugement. Mais ce manque de talents, ne peut justifier à notre raison, le droit de condamner ceux qui l’entreprennent.

En ce qui concerne ceux qui entreprennent ces choses que nous jugeons déraisonnables, leur succès ne doit pas les aveugler pas plus que l’échec ne les condamne.

Les tentatives multiples de la conquête de l’inutile (ignorance non identifiée par tous) sont le fruit de l’obstination. Mais l’obstination n’est pas l’entêtement borné, elle se différencie de ce dernier, tout en ayant un même but, par la modification du choix de la voie pour aller au but. Mais il est vrai qu’aux yeux de l’observateur, l’expérimentateur puisse être perçu comme borné dans la poursuite répétée de son objectif, car fort souvent l’observateur n’a pas la connaissance des difficultés intermédiaires à vaincre.

René Kurtz franchit le premier avec des amis la face nord de l’Eiger en 1932, mais le retour leur fut fatal. Des sauveteurs assistèrent à l’agonie de René Kurtz à l’extrémité d’une corde, suspendu dans le vide, sans pouvoir lui porter secours. Plus tard d’autres alpinistes purent rassembler des indices de l’exploit de René Kurtz et de ses amis qui, ajoutés aux témoignage des sauveteurs, permirent de confirmer cet exploit. Ces témoignages permirent à René Kurtz d’éviter la statut d’accidenté de la montagne, pour celui plus enviable (?) pour la postérité de Héros de l’Eiger qui sut franchir avec raison, audace et intelligence des passages difficiles. Mais le succès total fut à ce piton près qui eut permis de reprendre au retour la voie de l’aller. L’absence de ce piton transforma ce succès en tragédie.

Nous savons aujourd’hui que ce fut ainsi et nous pouvons restituer toute la grandeur de la geste montagnarde de René Kurtz et de ses amis. Mais il s’en fallut de peu que tout cela, comme tant de gestes magnifiques, sombre dans l’oubli et la méconnaissance totale.

Il en est certainement ainsi de l’aventure de la pensée.

“Que de sanglots pour un accord de guitare” F.G. Lorca.

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