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La tragédie de René Kurtz

La face nord de l’Eiger à toujours fasciné les alpinistes. Cette escalade doit faire appel à la raison la plus totale, bien qu’elle soit en fait des plus déraisonnables aux yeux du commun des mortels. Mais la déraison a aussi ses raisons et, en fait, ce qui est jugé tel [déraisonnable] relève souvent, mais pas toujours, d’un manque de talents ou de capacités pour l’accomplir, par ceux qui portent un tel jugement. Mais ce manque de talents, ne peut justifier à notre raison, le droit de condamner ceux qui l’entreprennent.

En ce qui concerne ceux qui entreprennent ces choses que nous jugeons déraisonnables, leur succès ne doit pas les aveugler pas plus que l’échec ne les condamne.

Les tentatives multiples de la conquête de l’inutile (ignorance non identifiée par tous) sont le fruit de l’obstination. Mais l’obstination n’est pas l’entêtement borné, elle se différencie de ce dernier, tout en ayant un même but, par la modification du choix de la voie pour aller au but. Mais il est vrai qu’aux yeux de l’observateur, l’expérimentateur puisse être perçu comme borné dans la poursuite répétée de son objectif, car fort souvent l’observateur n’a pas la connaissance des difficultés intermédiaires à vaincre.

René Kurtz franchit le premier avec des amis la face nord de l’Eiger en 1932, mais le retour leur fut fatal. Des sauveteurs assistèrent à l’agonie de René Kurtz à l’extrémité d’une corde, suspendu dans le vide, sans pouvoir lui porter secours. Plus tard d’autres alpinistes purent rassembler des indices de l’exploit de René Kurtz et de ses amis qui, ajoutés aux témoignage des sauveteurs, permirent de confirmer cet exploit. Ces témoignages permirent à René Kurtz d’éviter la statut d’accidenté de la montagne, pour celui plus enviable (?) pour la postérité de Héros de l’Eiger qui sut franchir avec raison, audace et intelligence des passages difficiles. Mais le succès total fut à ce piton près qui eut permis de reprendre au retour la voie de l’aller. L’absence de ce piton transforma ce succès en tragédie.

Nous savons aujourd’hui que ce fut ainsi et nous pouvons restituer toute la grandeur de la geste montagnarde de René Kurtz et de ses amis. Mais il s’en fallut de peu que tout cela, comme tant de gestes magnifiques, sombre dans l’oubli et la méconnaissance totale.

Il en est certainement ainsi de l’aventure de la pensée.

“Que de sanglots pour un accord de guitare” F.G. Lorca.

mars 20, 2008

Fontières de l’intelligence

Nul ne sait où se situe la frontière entre le comportement non intelligent et le comportement intelligent, pour la bonne raison qu’il soit permis de penser qu’il est ridicule d’imaginer qu’il existe une ligne de séparation nette entre ces deux comportements. Néanmoins on peut dire que les caractéristiques essentielles de l’intelligence sont certainement les capacités :

  1. de réagir avec souplesse aux situations qui se présentent,
  2. de tirer profit de circonstances fortuites,
  3. de discerner le sens de message ambigües et contradictoires,
  4. de juger de l’importance relative des différents éléments d’une situation,
  5. de trouver des similitudes entre des situations malgré les différences qui peuvent les séparer,
  6. d’établir des distinctions entre des situations malgré les similitudes qui les rapprochent,
  7. de synthétiser de nouveaux concepts à partir d’anciens concepts assemblés différemment,
  8. de trouver des idées nouvelles.

Douglas Hofstadter GEB (Traduction Française . Pages 31-32)

Note : La huitième proposition est superflue car elle est contenue dans les 7 autres.

mars 20, 2008

Biographie sommaire de René Descartes

René Descartes est né le 31 mars 1596 à La Haye (Devenu aujourd’hui Decartes) en Indre et loire en France et décédé le 11 février 1650 à Stockholm en Suède. Il est connu pour ces travaux fondateurs à beaucoup d’égard en mathématiques, en physique et en philosophie. Commençant par une carrière militaire, il voyage en Europe avant de s’établir en 1629 aux Pays-Bas et ceci jusqu’à 1649. Ce séjour est ponctué de brefs séjours en France. Il partit en Suède à la demande de la reine Christine et y mourut au cours de son séjour.

Dans le domaine des mathématiques il créa la géométrie analytique, dans le domaine de la physique il découvrit la loi de la réfraction qui porte son nom. En matière de philosophie, son approche par la table rase et le doute méthodique lui permettent de poser des fondations solides. Sur celles-ci il développera les prémisses des sciences modernes dont le “Discours de la méthode ” est un des éléments fondateurs, toujours aussi actuel au 21 ème siècle. Il donne à l’homme les moyens de maîtriser progressivement le monde matériel et la nature qui l’entoure.

Le cartésianisme s’appuie sur la dualité permanente de l’esprit et de la matière. L’esprit étant le fondement de l’être, le primat de l’existence fondé sur le “Je pense donc je suis” tente de formuler les lois de la matière (le corps humain, les animaux, la nature…) . Dans cette recherche l’esprit fait confiance à la raison dont l’outil principal est l’évidence issue de la démonstration, de la déduction à partir de l’observation et l’analyse de faits reproductibles. Si à terme on aboutit à une loi ayant un caractère irréfutable sous certains aspects, rien n’empêche quiconque de tenter de la réfuter en reprenant toutes les étapes de la démonstration pour y chercher éventuellement la faille. Il dispose de tout élément et paramètre pour sa tentative. On est loin de la vérité révélée et acceptée comme un acte de foi, sans démonstration aucune. On est loin également de ces assertions irréfutables (vérités infaillibles, vérités révélées…) qui ne souffrent pas du moindre questionnement de la moindre tentative d’interrogation, et n’offrent d’ailleurs aucun élément pour tenter de bien comprendre leur bien fondé, si ce n’est généralement leur expression à partir de rien.

La cartésianisme, après avoir été au XVII ème siècle rejeté par l’Université encore sous l’influence de la scolastique issue de l’héritage aristotélicien, connut ses premiers essors au XVIII ème et inspira notamment Malsherbes, Leibniz, Spinoza et Kant. Son influence, comme nous l’avons déjà dit est toujours présente dans les développements scientifiques actuels.

février 16, 2008

Les préceptes de Descartes

Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu’un état est bien mieux réglé lorsque, n’ayant que fort peu , elles y sont fort étroitement observées; ainsi, au lieu de ce grand nombre de précepte dont la logique est composée, je crus que j’aurai assez des quatres suivants , pourvu que je prise une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois de les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais une chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment telle : c’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention [au sens poids de nos préjugés]; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairemet et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais en autant de parcelles qu’il se pourrait et qu’il serait requis pour les mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître , pour monter peu à peu, comme par degrés, juques à la connaissance des plus composés; et supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point naturellement les uns les autres .

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.

René Descartes – Le discours de la méthode

février 8, 2008


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